Tropiques Bretons

Casquette de travers, pipe vissée dans la gueule,
Le vieux mataf aux yeux délavés reste seul,
Accoudé au comptoir, son regard est rivé,
Sur la vitre sale aux rideaux de buée.

Bercé par l’ivresse de quelques verres de blanc,
Soûlé par les bateaux et leur dandinement,
Attiré par l’appel d’une corne de brume,
Le voila embarqué sur la route d’écume.

Souvenirs et regrets du passé s’égrainent,
Une mère qui pleure, le quai qui s’éloigne,
Une éternité de vagues, sommets mouvants,
Le clipper file derrière deux goélands.

A l’assaut des quarantièmes, les mâts craquent,
Les hommes maîtrisent les voiles qui claquent ;
Puis désoeuvrés aux tropiques encalminés.
Enfin apparaît la terre tant convoitée.

Ses pieds foulent les plages au sable fin.
Ses yeux fixent les couleurs des marchés lointains.
Ses mains caressent une doudou aux seins lourds.
Ses narines s’imprègnent des parfums du bourg.

Dans la nuit moustiquaire, il se réveille
Au son des lucioles, secoué par Mireille ;
Elle ferme le bar et le voici dans la rue,
Déçu du spectacle du port et de ses grues.

Pierre SIMONNET

Tropiques Bretons

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