L’étrangère

 

J’accueille en moi une étrangère,

j’ignore sa nationalité.

Elle me ressemble d’étrange manière

et n’aime pas être regardée.

Elle parle une langue familière

que je ne peux pas répéter.

Souvent elle pleure, l’irrégulière,

elle n’aura jamais de papiers.

 

Je porte en moi une immigrée

d’un pays où l’on désespère.

Elle résiste depuis des années

et moi longtemps, j’ai laissé faire.

Je l’abrite du bon côté,

je la voile de ma bannière.

Elle a très peur d’être expulsée,

en moi elle tremble, mon étrangère.

 

Je vis avec une réfugiée

qui ne repartira jamais.

Elle m’habite comme j’habite la terre,

elle n’a d’autre lieu où aller.

Parfois en moi on la repère

à ses yeux tristes d’exilée …

De poèmes en tapis de prière

je noue ma vie à ses côtés.

 

Michèle PETTAZZONI, 2002

L’étrangère

Une pensée sur “L’étrangère

  • 20 juin 2017 à 19 h 58 min
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    Superbe texte ! empli de douceur, d’ombre et de lumière. Merci

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