Lecture à Haute Voix par Henri Noël Mayaud « Alberto Moravia », mercredi 25 octobre à 17h30. Salle de la bibliothèque de Lancieux.

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Flammes de fées

Flammes flamboyantes. Fleurs affleurées.
Flancs affligés des femmes effarées.
Forces flagrantes. Flous affriolants.
Flaques flottantes. Forfaits édifiants.
Affreux farfadets des forêts effacées.
Forçats affolés par les effets des fées.

Dominique Mongodin

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La Torche

Je vous aime, mon corps, qui fûtes son désir,
Son champ de jouissance et son jardin d’extase
Où se retrouve encor le goût de son plaisir
Comme un rare parfum dans un précieux vase.

Je vous aime, mes yeux, qui restiez éblouis
Dans l’émerveillement qu’il traînait à sa suite
Et qui gardez au fond de vous, comme en deux puits,
Le reflet persistant de sa beauté détruite. […]

Je vous aime, mon cœur, qui scandiez à grands coups
Le rythme exaspéré des amoureuses fièvres,
Et mes pieds nus noués aux siens et mes genoux
Rivés à ses genoux et ma peau sous ses lèvres…

Je vous aime ma chair, qui faisiez à sa chair
Un tabernacle ardent de volupté parfaite
Et qui preniez de lui le meilleur, le plus cher,
Toujours rassasiée et jamais satisfaite.

Et je t’aime, ô mon âme avide, toi qui pars
– Nouvelle Isis – tentant la recherche éperdue
Des atomes dissous, des effluves épars
De son être où toi-même as soif d’être perdue.

Je suis le temple vide où tout culte a cessé
Sur l’inutile autel déserté par l’idole ;
Je suis le feu qui danse à l’âtre délaissé,
Le brasier qui n’échauffe rien, la torche folle…

Et ce besoin d’aimer qui n’a plus son emploi
Dans la mort, à présent retombe sur moi-même.
Et puisque, ô mon amour, vous êtes tout en moi
Résorbé, c’est bien vous que j’aime si je m’aime.

Marie Nizet, extrait du recueil posthume Pour Axel (de Missie), paru en 1923.

Passeuse de poésie Michèle Pettazzoni.

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Le feu sous la glace

Il y a maintenant longtemps que je connais
Le bleu de ton regard et le pli de ta bouche,
La chaleur de ta main qui, lorsqu’elle me touche
Me trouble de sa paume; et soudain, je renais…

Je suis alors crinière au dos brun des poneys;
Je suis un chemin creux que le soir effarouche,
Je suis un aubépin refleuri sur sa souche,
Je suis un poitrail nu refusant le harnais.

Tu ne peux pas savoir que mes airs raisonnables
Dissimulent trop bien mes désirs indomptables,
Derrière des regards lointains, indifférents.

Je ne suis pas modeste, et je ne suis pas sage :
Je rêve, chaque nuit, qu’en tes bras tu me prends
Et que tes tendres doigts dégrafent mon corsage.

Yvonne Le Meur Rollet (2006)

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Le portrait


Parlez-moi sans me la nommer
De la personne que vous aimez
Le plus au monde. Je vous dirais
Sans hésiter : ‘’Je la connais.’’

Votre langage m’est étranger
Mais dans le ton de votre voix
J’entends que les mots sont chargés
Des sentiments qui sont en moi.
Évoquez pour moi le plaisir
Que vous éprouvez à l’idée
De la retrouver. Du désir
Qui va jusqu’à vous obséder.

Racontez-moi ses confidences
Que vous ne voulez pas trahir.
Expliquez-moi que sa présence
Vous manque autant qu’elle vous inspire.
Dites-moi tout de sa douceur
Quand elle vous parle de voyages
Que dans ses yeux sont les couleurs
Des jours heureux et du partage.

Décrivez la moi, traits par traits
Avec les mots qu’elle sait vous dire
Je reconnaîtrais son portrait
Dans sa tendresse et son sourire.
Mimez ses gestes prévenants
Quand elle pose l’un de ses bras
Sur votre épaule doucement
Alors que vous n‘y croyez pas.

Nous n’avons pas la même idylle
Mais nous avons la même chance
L’imaginer nous est facile,
L’amour n’a pas deux apparences.

Dominique Mongodin

Lecture de Murielle Guérin.

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Le Phénix

Je suis le dernier sur ta route
Le dernier printemps la dernière neige
Le dernier combat pour ne pas mourir

Et nous voici plus bas et plus haut que jamais.

Il y a de tout dans notre bûcher
Des pommes de pin des sarments
Mais aussi des fleurs plus fortes que l’eau

De la boue et de la rosée,

La flamme est sous nos pieds la flamme nous couronne
À nos pieds des insectes des oiseaux des hommes
Vont s’envoler

Ceux qui volent vont se poser.

Le ciel est clair la terre est sombre
Mais la fumée s’en va au ciel
Le ciel a perdu tous ces feux.

La flamme est restée sur la terre,

La flamme est la nuée du cœur
Et toutes les branches du sang
Elle chante notre air

Elle dissipe la buée de notre hiver.

Nocturne et en horreur a flambé le chagrin
Les cendres ont fleuri en joie et en beauté
Nous tournons toujours le dos au couchant

Tout a la couleur de l’aurore.

Paul Éluard, extrait du recueil « Le Phénix », paru en 1951

Passeuse de poésie, Yvonne Le Meur-Rollet.

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