JACHERE
Lorsque la terre devient infertile,
Fatiguée de produire, un arrêt est utile,
Une jachère nécessaire, lui est infligée,
La terre doit dormir pour soigner ses blessures,
Un besoin de silence pour se régénérer,
Clôturer les efforts des précédentes années,
Où les récoltes étaient en abondante quantité,
Puis un jour tout a pris fin sans signal aucun.
Il faudrait l’aide des éléments,
La pluie, le soleil et le vent,
Pour une complète incinération.
Des anciennes racines obstruant les filtrations,
Réorganiser les fondements de ses nutriments
Broyer et ingérer les cendres pour sa reconstitution.
Pour cette renaissance intérieure de la fertilité ,
Les blessures pansées guéries, revitalisée,
Elle pourra de nouveau produire en quantité
La récolte à définir un présent a offrir
Pour les saison et les année à venir.
Il y a une autre facette du repos forcé
Une jachère, que l’humain peut invoquer,
Où l’âme et le corps, fatigués d’obéir,
Renoncent tous les deux à produire,
L’élan se retire, l’envie s’effrite se rétrécit
L’énergie succombe, vaincue par le conflit,
La lumière intérieure s’éteint,
Un vacillement, un flottement
Tout sombre à l’agonie, en apathie.
La guérison viendra lorsque
Le soleil intérieur réapparaîtra
Les portes de l’âme alors, s’ouvriront,
Les projets en suspens ressusciteront,
La vie restituera les bienfaits de l’imagination ,
De cette obscurité une lumière naîtra
Un regain, d’énergie— le moteur de toutes les envies.
Parmi les quatre temps de la valse annuelle
Résonne l’harmonie sur les champs empourprés
Ivres de s’abreuver d’éclatantes saveurs.
Nulle autre symphonie n’est promesse plus belle
Tant elle offre en cadeau de plaisirs dans les prés
Emplis de chants d’oiseaux et d’éclosion des fleurs.
Même le jour s’étire et la nuit s’aquarelle
Pour abonder partout de leurs écrins diaprés
Satinés et porteurs des promises douceurs.
C’est un ticket d’entrée gratuit, un rendez-vous,
Le théâtre où tout est apte à se produire,
Une scène ouverte où le vide est partout.
La mer à traverser. Une ile à conquérir.
C’est la virginité des neiges éternelles,
Une terre inconnue où l’on va hésitant,
L’escalade risquée d’un monde parallèle,
L’incertitude qui menace à tout instant.
C’est une invitation, une porte à pousser,
Un baptême sans enfant, un autel sans témoin,
Un espace inviolé, un coin de liberté
Anonyme et secret, dont il faut prendre soin.
C’est le miroir sans tain ou la portée sans note,
Un visage au regard vide mais attirant.
Une absence, un creux. C’est une athée dévote,
Un désert sidéral qui captive pourtant.
C’est la pucelle qu’on est tenté de brûler,
Une lettre jetée sitôt qu’on l’a ouverte,
Une sœur qu’on maudit après l’avoir froissée
Mais qui vous tend la main à la moindre alerte.
C’est une compagnie qu’on aime à retrouver,
Une amie attentive quand sont longues les nuits,
Une amante discrète qui ne sait pas juger.
C’est une page blanche sur laquelle on écrit.
Que se passe-t-il dans un buisson,
Dans un bosquet que l’on n’observe plus?
Même en hiver quand il n’est pas fleuri,
Il vit. Il vit comme nous n’avons jamais vécu.
Il vit de vers, d’insectes, d’araignées,
De champignons. Dans son herbe et ses épines
Tout grouille de partout parmi les entrelacs
Des quelques mètres carrés qui nourrissent
Plus d’animaux que les populations humaines.
Le long d’un fossé, au sommet d’un talus,
Sur une haie normande, une garrigue corse,
Il attire les oiseaux et leur offre ses mûres.
Il boit de la rosée et la sèche au soleil,
Il calme les serpents qui chassent le mulot.
La pâleur de ses fleurs dont personne ne veut
S’essaime pour nourrir une abeille, une ruche.
Il est sous nos yeux et nous le méprisons
Pour sa rigueur et son savant désordre.
Il est notre base jusque dans ses racines
Et nous l’ignorons comme on bannit sa mère.
En hommes impatients, nous le rasons.
Quand nous le détruisons, pour gagner un espace,
Il ne reste de lui que quelques fagots secs
Que nous brûlerons vite, faute d’avoir des buches.
EN JACHERE.
Il hésite sur le pallier grinçant
La main sur la poignée,
Il pousse la porte de son atelier?
Cela fait si longtemps…
Il hésite encore, il appréhende
Comme s’il pénètrait dans un lieu interdit…
Dans la pièce délaissée,
Les effluves de térébenthine
Et d’huile de lin mêlées qui lui parlent tant,
Réjouissent ses narines…
Le désordre qui règne le laisse pantois,
Etonné, devant dans de gachis.
Comment a t’il pu en arriver la ?
La tristesse l’envahit…
Témoins de son laisser aller,
Les tubes de peinture
Pêle mêle sur les journaux éparpillés,
Sont tordus grimaçants sur le papier…
Il retrouve sa pipe abandonnée
Sur la chaise peinte en vert…
Sa grande blouse salie,
Oripeau, accroché à la patère
Prend des airs de fantôme
vaincu par l’ennui…
Ses pinceaux sont fatigués,
Dans le vieux pot de grès
Les brosses dressées comme un bouquet
De fleurs fanées
Lui font des reproches.
« Où étais tu pauvre fantoche… »
Sa toile est en scène:Tournesols
Inachevée ,
Elle l’attend sur le chevalet branlant;
Insecte de bois, écartelé
Tenant prisonniers entre ses pattes
Des corbeaux dans un champ de blé…
Bien des jours sont passés,
Ils ont emporté sa mélancolie dans leur traîne…
Il va mieux, mais il a encore mal à l’oreille.
Aujourd’hui c’est le temps des semailles,
Dans cette modeste arène
Il a retrouvé l’envie
Et il croit avoir gagné la bataille.
Poème d’Yvonne Le Meur-Rollet (lu par Michèle Pettazzoni )
Page blanche
Ma page blanche est en jachère,
Et son sommeil me désespère.
Il n’y pousse que pâquerettes,
Avoine folle et courts lupins :
Pauvres fleurettes sans parfum,
Maigre bouquet pour un poète…
Ma page ressemble à la terre
Épuisée après trop d’efforts.
Mes mots, qui jaillissaient naguère,
Refusent d’y fleurir encore.
S’étouffant dans les périphrases
Et les métaphores usées,
Mes mots englués dans l’emphase,
N’arrivent plus à s’envoler.
Ma page striée de ratures
Est une plaine désolée.
De rimes riches en césures
Tous mes mots se sont desséchés.
Je vais bousculer la métrique
Des alexandrins compassés
Pour faire entendre une musique
Qui leur rendra leur liberté.
Yvonne Le Meur-Rollet (Mai 2026)
JACHERE
Lorsque la terre devient infertile,
Fatiguée de produire, un arrêt est utile,
Une jachère nécessaire, lui est infligée,
La terre doit dormir pour soigner ses blessures,
Un besoin de silence pour se régénérer,
Clôturer les efforts des précédentes années,
Où les récoltes étaient en abondante quantité,
Puis un jour tout a pris fin sans signal aucun.
Il faudrait l’aide des éléments,
La pluie, le soleil et le vent,
Pour une complète incinération.
Des anciennes racines obstruant les filtrations,
Réorganiser les fondements de ses nutriments
Broyer et ingérer les cendres pour sa reconstitution.
Pour cette renaissance intérieure de la fertilité ,
Les blessures pansées guéries, revitalisée,
Elle pourra de nouveau produire en quantité
La récolte à définir un présent a offrir
Pour les saison et les année à venir.
Il y a une autre facette du repos forcé
Une jachère, que l’humain peut invoquer,
Où l’âme et le corps, fatigués d’obéir,
Renoncent tous les deux à produire,
L’élan se retire, l’envie s’effrite se rétrécit
L’énergie succombe, vaincue par le conflit,
La lumière intérieure s’éteint,
Un vacillement, un flottement
Tout sombre à l’agonie, en apathie.
La guérison viendra lorsque
Le soleil intérieur réapparaîtra
Les portes de l’âme alors, s’ouvriront,
Les projets en suspens ressusciteront,
La vie restituera les bienfaits de l’imagination ,
De cette obscurité une lumière naîtra
Un regain, d’énergie— le moteur de toutes les envies.
Jasmine Zemouli 18 Mai 2026
Pas de danse
Parmi les quatre temps de la valse annuelle
Résonne l’harmonie sur les champs empourprés
Ivres de s’abreuver d’éclatantes saveurs.
Nulle autre symphonie n’est promesse plus belle
Tant elle offre en cadeau de plaisirs dans les prés
Emplis de chants d’oiseaux et d’éclosion des fleurs.
Même le jour s’étire et la nuit s’aquarelle
Pour abonder partout de leurs écrins diaprés
Satinés et porteurs des promises douceurs.
VIRGINITÉ
C’est un ticket d’entrée gratuit, un rendez-vous,
Le théâtre où tout est apte à se produire,
Une scène ouverte où le vide est partout.
La mer à traverser. Une ile à conquérir.
C’est la virginité des neiges éternelles,
Une terre inconnue où l’on va hésitant,
L’escalade risquée d’un monde parallèle,
L’incertitude qui menace à tout instant.
C’est une invitation, une porte à pousser,
Un baptême sans enfant, un autel sans témoin,
Un espace inviolé, un coin de liberté
Anonyme et secret, dont il faut prendre soin.
C’est le miroir sans tain ou la portée sans note,
Un visage au regard vide mais attirant.
Une absence, un creux. C’est une athée dévote,
Un désert sidéral qui captive pourtant.
C’est la pucelle qu’on est tenté de brûler,
Une lettre jetée sitôt qu’on l’a ouverte,
Une sœur qu’on maudit après l’avoir froissée
Mais qui vous tend la main à la moindre alerte.
C’est une compagnie qu’on aime à retrouver,
Une amie attentive quand sont longues les nuits,
Une amante discrète qui ne sait pas juger.
C’est une page blanche sur laquelle on écrit.
Génocide
Que se passe-t-il dans un buisson,
Dans un bosquet que l’on n’observe plus?
Même en hiver quand il n’est pas fleuri,
Il vit. Il vit comme nous n’avons jamais vécu.
Il vit de vers, d’insectes, d’araignées,
De champignons. Dans son herbe et ses épines
Tout grouille de partout parmi les entrelacs
Des quelques mètres carrés qui nourrissent
Plus d’animaux que les populations humaines.
Le long d’un fossé, au sommet d’un talus,
Sur une haie normande, une garrigue corse,
Il attire les oiseaux et leur offre ses mûres.
Il boit de la rosée et la sèche au soleil,
Il calme les serpents qui chassent le mulot.
La pâleur de ses fleurs dont personne ne veut
S’essaime pour nourrir une abeille, une ruche.
Il est sous nos yeux et nous le méprisons
Pour sa rigueur et son savant désordre.
Il est notre base jusque dans ses racines
Et nous l’ignorons comme on bannit sa mère.
En hommes impatients, nous le rasons.
Quand nous le détruisons, pour gagner un espace,
Il ne reste de lui que quelques fagots secs
Que nous brûlerons vite, faute d’avoir des buches.
EN JACHERE.
Il hésite sur le pallier grinçant
La main sur la poignée,
Il pousse la porte de son atelier?
Cela fait si longtemps…
Il hésite encore, il appréhende
Comme s’il pénètrait dans un lieu interdit…
Dans la pièce délaissée,
Les effluves de térébenthine
Et d’huile de lin mêlées qui lui parlent tant,
Réjouissent ses narines…
Le désordre qui règne le laisse pantois,
Etonné, devant dans de gachis.
Comment a t’il pu en arriver la ?
La tristesse l’envahit…
Témoins de son laisser aller,
Les tubes de peinture
Pêle mêle sur les journaux éparpillés,
Sont tordus grimaçants sur le papier…
Il retrouve sa pipe abandonnée
Sur la chaise peinte en vert…
Sa grande blouse salie,
Oripeau, accroché à la patère
Prend des airs de fantôme
vaincu par l’ennui…
Ses pinceaux sont fatigués,
Dans le vieux pot de grès
Les brosses dressées comme un bouquet
De fleurs fanées
Lui font des reproches.
« Où étais tu pauvre fantoche… »
Sa toile est en scène:Tournesols
Inachevée ,
Elle l’attend sur le chevalet branlant;
Insecte de bois, écartelé
Tenant prisonniers entre ses pattes
Des corbeaux dans un champ de blé…
Bien des jours sont passés,
Ils ont emporté sa mélancolie dans leur traîne…
Il va mieux, mais il a encore mal à l’oreille.
Aujourd’hui c’est le temps des semailles,
Dans cette modeste arène
Il a retrouvé l’envie
Et il croit avoir gagné la bataille.
Louise Montagne -mai 2026-
comme
Bravo, pour le texte, la composition musicale et l’interprétation!
L’HERBE FOLLE ( OU L’ENFANT SAUVAGE)
Il se transporte pour un moment
Dans ces herbes folles Sous le vent
La nature dessine patiemment
Simplement, au gré du vent
Dans cette palette de fleurs sauvages
Les couleurs dansent et se balancent
Jours de soleil et jours de pluie
Comme l’herbe folle il a grandi
Ici
Ouh ……………………Ahhhh……………
Ouh ……………………Ahhhh……………
La tête en friche et cœur d’enfant
Inculte, oublié mais vivant
De nature il est enfant sage
Saisons pour seul aréopage
Ici
Ouh ……………………Ahhhh……………
Ouh ……………………Ahhhh……………
Sa prose s’élève vers les étoiles
Ses notes franchissent l’horizon
Des oiseaux sèment les pensées
Couleur lilas, pourpre ou bleuet
Depuis
Ouh ……………………Ahhhh……………
Ouh ……………………Ahhhh……………
Il se transporte pour un moment
Dans ces herbes folles Sous le vent
La nature dessine patiemment
Simplement, au gré du vent
Ici
Ouh ……………………Ahhhh……………
Ouh ……………………Ahhhh……………
Paroles et musique de Josiane, Muriel, Joëlle, Franc-Loup et Olivier