« Résistance », thème de l’apéro-poétique du vendredi 23 février, 18h30 à la Goélette.

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8 réponses à « Résistance », thème de l’apéro-poétique du vendredi 23 février, 18h30 à la Goélette.

  1. Yvonne Le Meur-Rollet dit :

    « Ce cœur qui haïssait la guerre… »
    (poème de Robert Desnos)
    Ce cœur qui haïssait la guerre voilà qu’il bat pour le combat et la bataille !
    Ce cœur qui ne battait qu’au rythme des marées, à celui des saisons, à celui des heures du jour et de la nuit,
    Voilà qu’il se gonfle et qu’il envoie dans les veines un sang brûlant de salpêtre et de haine.
    Et qu’il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent,
    Et qu’il n’est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la ville et la campagne,
    Comme le son d’une cloche appelant à l’émeute et au combat.
    Écoutez, je l’entends qui me revient renvoyé par les échos.
    Mais non, c’est le bruit d’autres cœurs, de millions d’autres cœurs battant comme le mien à travers la France.
    Ils battent au même rythme pour la même besogne tous ces cœurs,
    Leur bruit est celui de la mer à l’assaut des falaises
    Et tout ce sang porte dans des millions de cervelles un même mot d’ordre :
    Révolte contre Hitler et mort à ses partisans !
    Pourtant ce cœur haïssait la guerre et battait au rythme des saisons,
    Mais un seul mot : Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères
    Et des millions de Français se préparent dans l’ombre à la besogne que l’aube proche leur imposera.
    Car ces cœurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté au rythme même des saisons et des marées,
    du jour et de la nuit.
    Robert Desnos, 1943 (paru dans L’Honneur des poètes)
     

    • Pettazzoni dit :

      Merci Yvonne de nous rappeler ce poète épris de liberté. Paul Eluard a écrit : « La poésie de Desnos, c’est la poésie du courage. Il a toutes les audaces possibles de pensée et d’expression.Il va vers l’amour, vers la vie, vers la mort sans jamais douter. Il parle, chante très haut sans embarras. Il est le fils prodigue d’un peuple soumis à la prudence, à l’économie, à la patience mais qui a quand même toujours étonné le monde par ses colères brusques, sa volonté d’affranchissement et ses envolées imprévues. »

  2. Yvonne Le Meur-Rollet dit :

    Capacité de résistance
    ( texte lu par Joëlle Meilleray)

    Tu appris les bonnes manières,
    guidé par ton père et ta mère.

    Ils t’enseignèrent fermement
    à obéir à tes parents,
    à respecter les règlements,
    à ne jamais rire trop fort,
    à taire tous tes désaccords,
    à choisir ton vocabulaire,
    à vider prudemment ton verre,
    à te tenir bien droit à table
    comme on le fait chez les notables,
    à ne pas lécher ton couteau,
    à ne pas te curer le nez ,
    surtout devant les invités,
    à respecter les animaux,
    à honorer les généraux,
    à ne pas te laisser aller
    à défendre les opprimés,
    et bien sûr, à ne pas parler
    de ton désir de liberté.

    Face au poids de l’autorité,
    tu n’as pas su te révolter,
    et tu as passé ton enfance,
    à ronger ton frein en silence.

    Mais un jour tu as décidé ,
    de ne pas devenir notaire
    comme avant toi l’était ton père,
    et tu as tout laissé tomber.

    Tu es parti au Canada
    au bord du lac Cascapédia,
    vivre une vie d’homme des bois.

    Un jour peut-être, on nous dira
    si tu as résisté au froid…
    ou pas.

    Yvonne le Meur-Rollet. 23 février 2024

  3. Michèle+PETTAZZONI dit :

    Marianne ma sœur

    Marianne, ma sœur
    n’as-tu rien vu venir de ta plus haute tour
    ni l’aigle qui louvoie ni la peste ni le froid ?
    Marianne mon unique
    Qui a dessiné ces horribles arcs-en-ciel
    autour de tes grands yeux ?
    Qui a zébré ta peau
    de jaune de bleu d’effroi ?

    Marianne, fille d’une république aux abois
    tant de rouge a dégouliné
    de ta bouche de tes oreilles
    mais j’entends ta voix
    Marianne, si jeune si volontaire
    combien de fois ton corps
    s’est plié replié déplié
    sous les coups de bottes et de pelles ?

    Tu es morte ma résistante
    Tu es morte massacrée par des hommes
    endoctrinés et cruels
    Je m’interroge encore
    Je m’interroge sans cesse :
    « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? »
    Est-ce ainsi que des femmes meurent ?
    « Je ne suis pas de ceux que l’amour console »

    Hommage à la jeune résistante Marianne Cohn
    Merci aux poètes Louis Aragon
    et Rainer Maria Rilke pour l’emprunt de deux vers

    Michèle Pettazzoni

  4. Michèle+PETTAZZONI dit :

    Je trahirai demain

    Je trahirai demain pas aujourd’hui.
    Aujourd’hui, arrachez-moi les ongles,
    Je ne trahirai pas.
    Vous ne savez pas le bout de mon courage.
    Moi je sais.
    Vous êtes cinq mains dures avec des bagues.
    Vous avez aux pieds des chaussures
    Avec des clous.
    Je trahirai demain, pas aujourd’hui,
    Demain.
    Il me faut la nuit pour me résoudre,
    Il ne faut pas moins d’une nuit
    Pour renier, pour abjurer, pour trahir.
    Pour renier mes amis,
    Pour abjurer le pain et le vin,
    Pour trahir la vie,
    Pour mourir.
    Je trahirai demain, pas aujourd’hui.
    La lime est sous le carreau,
    La lime n’est pas pour le barreau,
    La lime n’est pas pour le bourreau,
    La lime est pour mon poignet.
    Aujourd’hui je n’ai rien à dire,
    Je trahirai demain.

    Mariane COHN résistante morte à 21 ans masacrée par la Gestapo

  5. Yvonne Le Meur-Rollet dit :

    Mes résistances

    J’ai appris le mot résistance,
    Un peu avant d’avoir huit ans.
    Une armée baîllonnait la France
    Et s’imposait en l’occupant.

    Nous savions tous que notre père,
    Parti très loin de la maison,
    N’était pas pas prisonnier de guerre
    Mais se battait sur d’autres fronts.

    Quand l’hiver sifflait aux fenêres,
    Nous l’imaginions au maquis,
    Soldat bivouaquant sous les hêtres,
    Le ventre creux, le corps transi .

    Nous rêvions de nuits d’embuscades,
    De plans secrets , de vieux fusils,
    D’évasions et de cavalcades
    Pour échapper à l’ennemi.

    Ainsi se passa notre enfance,
    Nid de révolte et de passion.
    Nous attendions, pleins d’’impatience,
    Le jour de la Libération.

    Mais quand la paix fut retrouvée,
    Je fus envoyée en pension
    Et, dans les couloirs du lycée,
    Je me sentis comme en prison.

    On voulut que je sois docile,
    Que j’accepte l’autorité ;
    Et des règlements imbéciles
    Me privèrent de liberté.

    On m’apprit à baisser le front
    A retenir mes mots sauvages
    A dire « merci » et « pardon »,
    Comme on l’exigeait à cet âge.

    Je tentai de me révolter
    Pour échapper au formatage ;
    Je dus finalement céder
    Et me plier aux bons usages.

    Mais aujourd’hui, dès que j’entends
    Monter la haine et la violence
    Dans des discours intolérants
    J’en appelle à la résistance.

  6. Dominique MONGODIN dit :

    ESPOIR

    La saison de moisson est enfin arrivée.
    Mais les gelées les grêles et les soleils de plomb
    Ont dévasté mes champs durant toute l’année,
    Plus le moindre sarment pas le moindre bourgeon.

    Si mes intenses pleurs n’ont pas pu irriguer
    Les sillons de mes sols hérités de parents
    Que sont belles pourtant ces lignes étirées
    À qui j’ai apporté autant d’amendements.

    Les mottes de glaise aussi dures que roche,
    Les cultures brûlées à cœur me consternent.
    Plus un seul brin d’herbe, pas un soupçon d’ébauche,
    Pas une goutte d’eau, plus rien dans les citernes.

    Tous mes silos sont vides. J’ai été trop cigale
    Aux jours d’abondance. Je croyais que le temps
    Se montrerait clément. Il en fut plus fatal.
    La disette est là. La pauvreté s’entend.

    Même aux chemins creux habitués de richesses
    Pas un seul champignon à exhiber ses spores,
    Pas une dent de lion, pas une seule vesce.
    Tout est triste désert me navre me déplore.

    Ma tête me fait mal et mon corps s’exténue.
    Mon œil se fatigue mon âme se disperse.
    Marchant depuis longtemps sur les glanes aigües
    Je n’ai plus la force de reprendre la herse.

    Je cherche la pivoine sur mes arpents sacrés
    Puis le coquelicot terrassé par la peine.
    C’est alors que je vois un ovule de blé.
    C’est mon dernier espoir. J’urine sur la graine.

    Je viendrai le matin, bien avant la rosée,
    Guetter l’apparition de perlées sur les chaumes.
    Je sucerai alors la paille desséchée
    Pour mettre sur le vit l’eau crachée dans ma paume.

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