Résistance

Mon texte fait suite à un poème de jeunesse de Missak Manouchian « Vers la France » écrit à l’orphelinat de Jounieh au Liban où il fut recueilli après avoir été rescapé du génocide arménien et avant son embarquement pour la France (1924-1925). Extrait du recueil « Ivre d’un grand rêve de liberté » des Éditions Points.

Vers la France
…Et comme l’élan du bateau toujours propulsé vers l’avant
Dans les profondeurs de la nuit marine, les eaux écumantes
Captives d’un mystère disséminé et qui vont de l’avant de leur course folle,
Ainsi vient mon esprit et va mon âme en un reflux enfiévré.
J’ai laissé derrière moi mon enfance au soleil nourrie de nature,
Et ma noire condition d’orphelin tissé de misère et de privation (…)
Je suis encore adolescent ivre d’un rêve de livre et de papier,
Je m’en vais mûrir par le labeur de la conscience et de la vie.
Le désir est infini et semblable à cette mer illimitée ;
Inexplicable, comme le mystère insondable des ténèbres …
Je désir jouir de la lumière de la sagesse et de l’art, et du vin
Et arracher dans le grand combat de la vie de précieux lauriers…

• Qu’aurais tu dit aujourd’hui Missak Manouchian ?
Nulle figure de proue accrochée au bastingage,
Les rêves disparaissent un par un dans les vagues
Et les migrants meurent dans cette mer illimitée
Résistance

• Qu’aurais tu dit aujourd’hui Missak Manouchian ?
L’orphelin tente sa chance à Paris
Et constate qu’il n’y a aucun lit
Pour un enfant, un étranger, un moins que rien
Réduit à vivre à la rue comme un chien
Résistance

• Qu’aurais tu dit aujourd’hui Missak Manouchian ?
De la désobéissance civile
Appliquée à la survie de la planète
Par les compagnons éco-terroristes ?
Résistance

• Qu’aurais tu dit aujourd’hui Missak Manouchian ?
Si tous ces résistants
De la liberté, de l’égalité, et de la fraternité
Avaient leur Affiche rouge d’assassins, de danger ?
Résistance

Alors pour que le monde bouge,
J’endeuillerais de noir les couleurs de nos rues, nos cités
Nos campagnes,
Et la mer et le ciel et les étoiles.
Résistance

Catherine C., février 2024

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Capacité de résistance

Tu appris les bonnes manières,
guidé par ton père et ta mère.

Ils t’enseignèrent fermement
à obéir à tes parents,
à respecter les règlements,
à ne jamais rire trop fort,
à taire tous tes désaccords,
à choisir ton vocabulaire,
à vider prudemment ton verre,
à te tenir bien droit à table
comme on le fait chez les notables,
à ne pas lécher ton couteau,
à ne pas te curer le nez ,
surtout devant les invités,
à respecter les animaux,
à honorer les généraux,
à ne pas te laisser aller
à défendre les opprimés,
et bien sûr, à ne pas parler
de ton désir de liberté.

Face au poids de l’autorité,
tu n’as pas su te révolter,
et tu as passé ton enfance,
à ronger ton frein en silence.

Mais un jour tu as décidé ,
de ne pas devenir notaire
comme avant toi l’était ton père,
et tu as tout laissé tomber.

Tu es parti au Canada
au bord du lac Cascapédia,
vivre une vie d’homme des bois.

Un jour peut-être, on nous dira
si tu as résisté au froid…
ou pas.

Yvonne le Meur-Rollet. 23 février 2024

Texte lu par Joëlle Meilleray

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Marianne ma sœur

Marianne, ma sœur
n’as-tu rien vu venir de ta plus haute tour
ni l’aigle qui louvoie ni la peste ni le froid ?
Marianne mon unique
Qui a dessiné ces horribles arcs-en-ciel
autour de tes grands yeux ?
Qui a zébré ta peau
de jaune de bleu d’effroi ?

Marianne, fille d’une république aux abois
tant de rouge a dégouliné
de ta bouche de tes oreilles
mais j’entends ta voix
Marianne, si jeune si volontaire
combien de fois ton corps
s’est plié replié déplié
sous les coups de bottes et de pelles ?

Tu es morte ma résistante
Tu es morte massacrée par des hommes
endoctrinés et cruels
Je m’interroge encore
Je m’interroge sans cesse :
« Est-ce ainsi que les hommes vivent ? »
Est-ce ainsi que des femmes meurent ?
« Je ne suis pas de ceux que l’amour console »

Hommage à la jeune résistante Marianne Cohn
Merci aux poètes Louis Aragon et Rainer Maria Rilke pour l’emprunt de deux vers.

Michèle Pettazzoni

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Mes résistances

J’ai appris le mot résistance,
Un peu avant d’avoir huit ans.
Une armée baîllonnait la France
Et s’imposait en l’occupant.

Nous savions tous que notre père,
Parti très loin de la maison,
N’était pas prisonnier de guerre
Mais se battait sur d’autres fronts.

Quand l’hiver sifflait aux fenêtres,
Nous l’imaginions au maquis,
Soldat bivouaquant sous les hêtres,
Le ventre creux, le corps transi.

Nous rêvions de nuits d’embuscades,
De plans secrets, de vieux fusils,
D’évasions et de cavalcades
Pour échapper à l’ennemi.

Ainsi se passa notre enfance,
Nid de révolte et de passion.
Nous attendions, pleins d’impatience,
Le jour de la Libération.

Mais quand la paix fut retrouvée,
Je fus envoyée en pension
Et, dans les couloirs du lycée,
Je me sentis comme en prison.

On voulut que je sois docile,
Que j’accepte l’autorité ;
Et des règlements imbéciles
Me privèrent de liberté.

On m’apprit à baisser le front
A retenir mes mots sauvages
A dire « merci » et « pardon »,
Comme on l’exigeait à cet âge.

Je tentai de me révolter
Pour échapper au formatage ;
Je dus finalement céder
Et me plier aux bons usages.

Mais aujourd’hui, dès que j’entends
Monter la haine et la violence
Dans des discours intolérants
J’en appelle à la résistance.

Yvonne Le Meur-Rollet

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Espoir

La saison de moisson est enfin arrivée.
Mais les gelées les grêles et les soleils de plomb
Ont dévasté mes champs durant toute l’année,
Plus le moindre sarment pas le moindre bourgeon.

Si mes intenses pleurs n’ont pas pu irriguer
Les sillons de mes sols hérités de parents
Que sont belles pourtant ces lignes étirées
À qui j’ai apporté autant d’amendements.

Les mottes de glaise aussi dures que roche,
Les cultures brûlées à cœur me consternent.
Plus un seul brin d’herbe, pas un soupçon d’ébauche,
Pas une goutte d’eau, plus rien dans les citernes.

Tous mes silos sont vides. J’ai été trop cigale
Aux jours d’abondance. Je croyais que le temps
Se montrerait clément. Il en fut plus fatal.
La disette est là. La pauvreté s’entend.

Même aux chemins creux habitués de richesses
Pas un seul champignon à exhiber ses spores,
Pas une dent de lion, pas une seule vesce.
Tout est triste désert me navre me déplore.

Ma tête me fait mal et mon corps s’exténue.
Mon œil se fatigue mon âme se disperse.
Marchant depuis longtemps sur les glanes aigües
Je n’ai plus la force de reprendre la herse.

Je cherche la pivoine sur mes arpents sacrés
Puis le coquelicot terrassé par la peine.
C’est alors que je vois un ovule de blé.
C’est mon dernier espoir. J’urine sur la graine.

Je viendrai le matin, bien avant la rosée,
Guetter l’apparition de perlées sur les chaumes.
Je sucerai alors la paille desséchée
Pour mettre sur le vit l’eau crachée dans ma paume.

Dominique MONGODIN

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Dernière publication de Jean-Albert Guénégan, un fidèle à notre salon du livre de la « Houle des mots »

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