Méandres…

Le souffle, le souffle qui chasse les volutes d’air, prend ses aises avec la pesanteur, fait vibrer la lumière, différencie les couleurs, met du désordre dans mes idées, m’aide à retrouver mon unité.

Alors je peux m’envoler et chercher d’autres vérités…

Il faut appuyer la pointe de ses convictions sur la page blanche, et Tamiser ses rêves, ses obsessions…

Mon regard fait le tour de la baie, détoure l’ombre des arbres sur la mer, trempe les couleurs du ciel dans les plis des vagues, secoue le vitrail des algues, avant de pointer les îles…

Dans la rumeur de l’eau verte, les rameaux d’algue agitent les clairières de l’océan

A la verticale du geste, l’inclinaison des mots sur la feuille, qui laissent des traces de consonnes et de voyelles. Dans la tension de la taille directe, chante la mélodie de la matière.

La main cherche les courbes de la pensée, irise le grain du toucher, guidée par les méandres de la ligne, le murmure des fibres, le chant de l’écorce, et son éclatement dans la joie.

Tu confies ton âme à l’herminette, comme une entaille charnelle. Tu vas brouiller les lignes de vie, faire disparaître l’horizon, les chemins de traverse. Ne borne jamais ta mémoire, rend toujours possible la faille.

Le vent fait des saillies dans ses risées de lumière, à la surface des choses, caresse les pierres noires, le sillon de dolérite qui traverse l’estuaire.

Tu mets de l’ordre dans les confluences, là où il n’y a pas de couleur, que l’errance des taches effeuillées qui éteint le silence…

La partition mouvante de la lumière entre les corps pleins et les corps vides.

Le jusant lève l’humus des plages, répand la sève d’écume comme une lente méditation, comme une promesse de grandes marées, une brassée de certitudes.

Pour bien étreindre, il faut peut-être graver la pierre et l’eau, retisser la vigne vierge des mots aux dents de douceur, à la commissure des lignes, au gréement des corps.

On entre dans la vie par effraction, avant de se savoir aimé.

Guy 9 janvier 2020

Contre-point…

Comme si la vague coupait l’eau, retroussait le sable, redessinait l’ourlet de la laisse de la mer, en effaçant les châteaux de sable…

Le soleil raie la vitre des nuages, éclabousse les mottes de sable, étend le voile de la mariée, danse avec l’écume de la vague, qui émousse l’estran

Il ne suffit pas de pointer la cible, le geste accompagne la flèche, arc tendu vers l’infini avant d’aller à l’essentiel

Toi la terre et moi l’eau, qui s’enfonce dans tes labours, creuse des sillons dans les méandres de ton lit, ride ta surface minérale, en attendant que poussent les graines, diwan…

Les enfants écrivent avec la main des oiseaux, enfoncent la plume dans l’encrier de leurs songes afin de capter le sens des mots

Les rameaux de varec’h détachés par les tempêtes échouent sur la laisse de mer, baton de réglisse que le sable entortille afin de dessiner ses arabesques

Courbure de la feuille ou du geste. Qui essaie en vain de cadrer l’autre ? Rien n’apaise les sentiments lorsque le désir incline à s’envoler vers l’abstraction, à sortir de soi

Le trait comme une virgule, trait d’esprit ou signe d’évasion, plume d’ange qui égrène le vent, cet amant impossible à saisir à la volée. Vibrations du point virgule, lorsque le point s’échappe et va à la ligne.

Je veux voir tes veines couler entre mes doigts,

résister à la houle des mots sans faire front, onduler le geste, courber la ligne en autant d’arabesques, avec des points de suspension…

La course des cheveux dans le vent

traversant les arbalètes de la pluie

Des feux folets de tendresse pour sortir l’épine au coeur de l’ouvrage

lorsque tout chavire

Ce sont les mots qui disent le pays. Les touches de couleur du peintre aussi.

C’est par le corps que ce pays se rencontre et inscrit sa trace, la pression du regard et des doigts au centre de la page, la confrontation de la terre et de l’estran entre les lignes de vie. L’expire de la pensée

Je ne sais d’autre chemin que de vivre cette expérience physique et poétique pour en effleurer l’âme.

La confrontation des contrastes, la présence de l’insolite. Des taureaux furieux traversent des torrents de pluie.

Guy Prigent 9 janvier 2020

Aux éditions poétiques éphémères, les gravures d’Eric Saignes ont inspiré les textes de Guy Prigent.

Un avis sur « Aux éditions poétiques éphémères, les gravures d’Eric Saignes ont inspiré les textes de Guy Prigent. »

  • 29 novembre 2020 à 10 h 32 min
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    Merci pour ces belles gravures et les textes qu’elles ont inspirés.

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