Fidèle au thème ce mois-ci j’ai planché sur les arbres.
Le tronc penché sur ma table de chêne, je puisais sous mon écorce et couchais sur ma feuille l’essence de mon thème . Ma cime n’étant point exsangue de sève, après de nombreuses coupes je ne gardais que les meilleurs tronçons, voici ce qu’il en fût.

BRISE LAMES
Que sont-ils devenus ces géants émondés ?
Drôle de destin pour ces grands arbres fiers
Quand un petit matin, aux prémices de l’hiver
On est venu les couper et les mettre en enfer.

Jadis ils trônaient dans ces vastes forêts
Envolant leur semence au gré du vent nouveau
Rêvant de quiétude, caressant de leurs branches
Les buissons touffus et les nids des oiseaux,
Ils étaient si beaux, se croyaient intouchables
Et pensaient être en place pour l’éternité.

Piqués dans la vase contre vents et marées
Sans répit, ils défendaient notre côte fragile
Fiers de leur sacrifice, bravant les coups de temps,
Ces robustes soldats se croyaient invincibles .

Cette armée si brave qui défiait les tempêtes
Est vaincue : de combattants ne reste que les têtes
Ne servant de perchoir qu’à la rieuse mouette,
Derniers témoins d’époque révolue
Remplacés par des blocs à rien ne servent plus.

Louise Montagne, mars 2020

Sur le thème « Les arbres » un poème de Louise Montagne

15 avis sur « Sur le thème « Les arbres » un poème de Louise Montagne »

  • 28 juin 2020 à 15 h 01 min
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    PALARBRE

    Qui sait quel secret m’a fait naître d’une graine
    Placée dans cet endroit, aux risques de la forêt,
    Assez humide et chaud pour nourrir mes poussées
    Et rejoindre, encore jeune, la futaie aérée.

    Pompée de mes racines jusqu’en ma chevelure
    Une sève aqueuse recueille l’énergie
    De ces feuilles éblouies qui effluvent la vie
    Et distillent les sucres qui sont ma nourriture.

    Par mes souffles parfumés, je me fais reconnaître
    Adolescent boiseux rejoignant les houppiers
    Où des feuillues caresses nous font communiquer
    Nos dentelles racinaires en gardent les secrets

    Nous connaissons les maux de perfides tempêtes
    Les futs effarouchés en buisson se protègent
    Des grêlons en tornade nous sommes écorchés
    Des tueurs foudroyants parfois même nous renversent

    Des plumes musicales, jour et nuit, nous enchantent
    Dans nos écorces nichent des insectes gratteurs
    Toute vie apeurée trouve en nous son refuge
    Sens dessus, sens dessous, et en toutes saisons

    Des artistes de talent nous taillent et nous polissent
    Partout nos bois célèbrent d’infinies qualités
    Ou restent ensevelis dans l’humus créateur
    Nos destins sont multiples, souvent d’éternité

    Henri Noël Mayaud mai 2020

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  • 15 avril 2020 à 10 h 07 min
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    Très beaux poèmes, c’est rafraîchissant en cette période de confinement et particulièrement triste en ce qui me concerne, vos rimes embellissent nos journées, c’est souvent Joyeux, dépaysant et lumineux.

    Merci.

    Thierry Chauveau

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  • 10 avril 2020 à 21 h 44 min
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    Voici n pantoum écrit il y a plusieurs années et qui figure dans le recueil « Deux souffles sur la flamme » ( paru en 2010)
    Puisqu’il y est question d’un cerisier dans un jardin, j’ai pensé qu’il pouvait avoir sa place dans le thème « Les arbres »…

    . Estampe.

    Un cerisier dans un jardin,
    Lorsque le ciel se japonise,
    Dresse sa torche de satin.
    Là-haut, la neige s’éternise…

    Lorsque le ciel se japonise,
    Dans l’étincelle du matin,
    Là-haut, la neige s’éternise
    Au flancs d’un volcan clandestin.

    Dans l’étincelle du matin,
    Retombe ma paume indécise.
    Aux flancs d’un volcan clandestin,
    J’estampe une douleur exquise…

    Retombe ma paume indécise,
    S’émerillonne mon chagrin.
    J’estampe une douleur exquise,
    Qui creuse et mord comme un burin.

    S’émerillonne mon chagrin…
    Ma faim de toi toujours s’aiguise,
    Qui creuse et mord comme un burin,
    Brasier couvant sous la banquise.

    Ma faim de toi toujours s’aiguise…
    Je suis un amant incertain,
    Brasier couvant sous la banquise,
    Un cerisier dans un jardin.
    Yvonne Le Meur-Rollet

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    • 11 avril 2020 à 10 h 00 min
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      Yvonne,
      cette estampe envoûtante est d’une rare beauté.
      Merci Madame.

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  • 8 avril 2020 à 17 h 42 min
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    Bravo Michèle pour ce superbe poème dans lequel se mêlent avec bonheur la sensualité, les élans, les frémissements , les bouillonnements et la passion qui contribuent à la plénitude d’une vie d’arbre… et de femme.

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  • 8 avril 2020 à 15 h 29 min
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    Métamorphose

    Sentir la vie vriller
    dans mes jambes racines
    mes pieds se transformer
    en radicelles infimes
    mes longs bras tournoyer
    et s’unir à la cime
    pour jouir du plein été
    dans une aube sublime

    Sentir le vent lécher
    mes feuilles en sourdine
    une à une les donner
    à mon amant léger
    sacrifier ma crinière
    aux caresses de l’air
    ainsi le retenir
    une saison entière

    Sentir ma sève bouillir
    sous les rayons puissants
    échauffer trop ma tête
    pénétrer mes bourgeons
    frémir de bien-être
    ignorer que ce don
    assèche les rivières
    fane les floraisons

    Oublier que tout cesse
    vivre l’instinct présent
    plus d’hiver ni tempête
    dans mon être sylvestre
    croire que le temps s’arrête
    et que toujours s’enroulent
    les plaisirs et les brises
    du soleil et du vent.

    Michèle PETTAZZONI

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  • 7 avril 2020 à 13 h 37 min
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    Merci pour vos poèmes, Louisette, Michèle et Dominique. Pour le moment le thème du mois d’avril ne m’a pas encore inspirée, mais je ne désespère pas.

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    • 7 avril 2020 à 16 h 49 min
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      L’arbre à lettres
      (À fleur de mots)

      Les branches chargées sont trop fragiles
      Pour garder tout le poids des fleurs
      Qui se sont épanouies au fil
      Des mois et des jours et des heures.

      Le vent devient alors pour l’arbre un allié
      Et libère les rameaux des pétales pesants.
      Les corolles s’élancent, prennent leur liberté
      Dans un ballet coloré et odorant.

      Trop fraiches pour germer si elles tombent à terre
      D’être baies : impossible ! Elles manqueront de sève.
      Elles doivent voleter pour devenir matière
      À transporter les âmes et exaucer les rêves.

      Elles forment un nuage parfumé et fruité
      Dans les espaces qui se proposent à elles
      Et qui les invitent à se métamorphoser
      Pour qu’elles se pollinisent en consonnes et voyelles.

      Ainsi les mots paraissent et les paroles s’envolent
      Au bon gré des caprices du souffle hasardeux
      Jusqu’à trouver jardin sur des bouches frivoles
      Ou dans l’encre fébrile d’un poète amoureux.

      Il faut œil prévenant ou oreille attentive
      Avant que se dispersent et viennent s’égarer
      Les phrases inspirées par la nature lascive.
      Alors prenons le temps de voir et d’écouter.

      Dominique Mongodin

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  • 5 avril 2020 à 12 h 14 min
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    Rendez-vous chez les arbres

    J’avais un âge qui permet une foi absolue 
    Dans le merveilleux 
    Et j’espère en garder une trace
    Qui encore aujourd’hui
    Me fait croire à la vie

    Sans doute exaspérés par une obstination boudeuse 
    Et croyant m’infliger une leçon fameuse
    Cédant à un acte tabou objet de leurs désirs
    Au cœur de la forêt mes parents me perdirent
    Bien aise d’échapper à leur réprobation 
    Je voulus profiter d’une belle occasion… 

    La forêt observa avec perplexité
    Un être à la peau claire et de poils dépourvu
    Qui prétendait trouver dans les taillis touffus
    Une hospitalité offerte à tout intrus
    Les animaux surpris, pleins de curiosité
    Hésitaient entre fuir et se dissimuler
    Ces regards attentifs me firent réfléchir
    Et garder le silence pour me faire accepter

    Je m’appuyai alors contre un arbre accueillant
    Dont les racines entremêlées
    Offraient un creux qui me parut douillet
    Mon cœur s’ouvrit ainsi à la vie de ces lieux
    A l’univers confus et pourtant ordonné
    A la rumeur formée de bruits insoupçonnés
    Tous mes sens percevaient les bruissements légers
    Et les chuchotements discrets
    Qui m’enveloppaient 
    Au-dessus de ma tête dans un ciel miroitant 
    Les feuilles et les branches s’agitaient dans le vent
    Jouant à susciter des lumières mouvantes
    Et des ombres changeantes
    Les semblables à l’entour de ce grand arbre vert
    Communiquaient entre eux pour faire un grand discours
    Inquiets de voir chez eux une espèce étrangère
    Ils conversaient ensemble, lentement, patiemment
    De la difficulté d’accueillir des enfants
    Qui pouvaient s’égarer, courir de grands dangers
    Saper leur harmonie, troubler leur communion
    Je refusai d’entendre ce sermon 
    Et je leur réclamai douceur et protection 
    Vous êtes la nature, et je le suis aussi 
    Nous pouvons nous entendre et me faire un bon nid
    Si je grimpe à la fourche je serai à l’abri
    Vous me raconterez l’origine des temps
    Le ciel, la terre et le grand vent
    Et vous me bercerez pendant l’éternité 

    Dominique Verdé de L’Isle

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  • 30 mars 2020 à 9 h 28 min
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    Filiation

    Tu n’as pas étendu
    de branches caressantes
    au-dessus de ma tête :
    – Tu ne le pouvais pas.

    Tu n’as pas soutenu
    mes racines légères
    s’arrimant dans la terre :
    – Toi, tu n’en avais pas.

    J’ai poussé solitaire,
    étranger à ton bois,
    éperdu de lumière,
    le tronc tourné vers toi…

    Les années ont passé,
    ton fruit s’est transformé…
    Vois ses feuilles bruissantes
    paillant ton faible pied !

    Michèle PETTAZZONI

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  • 29 mars 2020 à 13 h 23 min
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    Bravo Louisette magnifique poème qui nous réjouit en ces temps difficiles

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  • 28 mars 2020 à 17 h 49 min
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    On nomme parfois ces brise-lames des Ducs-d’Albe mais il ne faut pas se méprendre ces ‘ducs’ n’ont pas pour fonction de briser les lames de la mer…
    La plage du Sillon à Saint-Malo est tout à fait remarquable pour son un alignement de ces grands arbres devenus brise-lames pour protéger la digue de la force des vagues.
    « … Édifiés au début du 19è siècle sur une idée de l’ingénieur Ponts et Chaussées Robinault de St-Servan, les brise-lames en bois de chêne ont une profondeur d’au moins égale voire supérieure à leur hauteur visible… » (soruce : https://www.saint-malo-tourisme.com/decouvrir/l-eau/la-mer/les-plages/plage-du-sillon-1829319

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  • 28 mars 2020 à 14 h 57 min
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    ces arbres devenus brise-lames portent un nom et cen’est pas bouchot sauf pour les moules. Mais je ne me souviens plus

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  • 27 mars 2020 à 19 h 16 min
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    Merci Louisette
    Oui on peut les voir sur la Banche,spectres égarés et guerriers nostalgiques regardant au loin l armée de bouchots qui se dresse en rangs serrés
    Jacqueline B

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  • 27 mars 2020 à 19 h 12 min
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    Merci louisette
    On les voit sur la banche ,spectres égarés dans la brume,guerriers nostalgiques observant au loin l armée de bouchots en rangs serrés….

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Répondre à PETTAZZONI Michèle Annuler la réponse

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